Chili Vous lisez La philosophie dans le vin 9 minutes

La philosophie dans le vin


Ils n’en parlent pas trop, mais les grands penseurs et philosophes de notre planète savent, sans exception, qu’il y a davantage de philosophie dans un verre de vin que dans tous les livres réunis. À maintes reprises, ils ont trouvé au fond d’une bouteille de vin la réponse à des questions compliquées. Très bien comme ça, non ? L’esprit dans la bouteille, ça élargit l’esprit.
Amaryllis en wijn
Ce qui m’intrigue le plus dans une bouteille, c’est l’extérieur, l’étiquette. Non pas que le contenu ne m’intéresse absolument pas. Ce qui se trouve dans la bouteille est également très bienvenu au bon moment, mais l’étiquette suffit parfois, elle aussi, à m’emmener vers des sphères supérieures. Les auteurs savent souvent raconter avec beaucoup d’imagination tout ce que l’on peut penser d’un vin, que ce soit vrai ou non. Franchement, chapeau. Pourquoi ne fait-on pas la même chose avec les bulbes à fleurs ?
Allium Silver Spring

Peut-être estimons-nous que les bulbes n’en ont pas besoin, puisqu’ils sont toujours accompagnés d’une photo qui les présente sous leur plus beau jour. En écrivant cela, je repense à un homme sage, l’un de nos premiers clients américains. Au début de ma carrière de photographe, il m’avait expliqué que les mots, à condition d’être bien employés, pouvaient faire bien plus que la photo la plus parfaite. Dites, sans montrer de photo, qu’une fleur a une couleur comme si le ciel était tombé sur la terre. Que sa couleur est réellement le plus beau bleu céleste, celui que vous ne connaîtrez qu’au plus beau moment de votre vie... Chacun de ceux qui lisent ces mots s’imagine alors le bleu qui, pour lui, est le plus beau, et y ajoute en prime un joli rêve. Ce cher monsieur, qui nous a quittés récemment, m’avait fait comprendre cela il y a bien longtemps. Nous débutions à peine dans le commerce des bulbes, il y a un peu plus de trente ans, mais je m’en souviens comme si c’était hier. Il dirigeait lui-même une entreprise florissante de vente de bulbes par correspondance, à laquelle nous avions la chance de fournir des bulbes, et il écrivait comme un maître. Lorsqu’il avait commencé à vendre des bulbes, les photos, quand il y en avait, étaient encore en noir et blanc. Il fallait convaincre les gens avec des mots, et cela, il savait le faire comme personne. Quand il décrivait une fleur ou un beau jardin, on avait l’impression de marcher à ses côtés. On imaginait tout le jardin et on croyait presque sentir les fleurs. Chaque fois que je lis un texte vraiment réussi, souvent sur une bouteille de vin, je repense à ce cher monsieur. Ses paroles me sont restées très précieuses jusqu’à aujourd’hui.
Amaryllis Red Reality

Malheureusement, de nos jours, je ne peux plus trop enjoliver mes textes ni trop m’éloigner de la réalité, car le texte est désormais toujours accompagné de photos.
Narcissus Innovator

Ce que ce cher monsieur m’a également appris, et que confirment les étiquettes de vin, c’est que l’histoire qui se cache derrière la fleur peut elle aussi être passionnante et stimuler l’imagination. N’est-il pas amusant de savoir qu’un bulbe particulier vient d’une exploitation située tout au nord, dans le coin le plus venteux de la pointe de la Hollande-Septentrionale ? Là-bas, malmenés par le fort vent d’ouest qui souffle sans relâche, les arbres se courbent vers l’est comme pour prier. Un endroit où, jour après jour, les éoliennes aspirent l’énergie contenue dans l’air salé de la mer.

Ou que ces beaux bulbes viennent d’un géant de producteur, format homme des cavernes (ou les hommes des cavernes étaient-ils justement plus petits que nous ?), et que ce colosse infatigable porte le surnom qui lui va le moins au monde : « Poffertje », le nom d’une toute petite crêpe hollandaise. Pourquoi Poffertje ? C’est simple, il ne pouvait pas en être autrement. Son père était surnommé Pannekoek, autrement dit « Crêpe », et lui, c’était la petite Crêpe. Petite précision pour les correcteurs : le producteur était bien surnommé Pannekoek, et non Pannenkoek. Pas de n supplémentaire, donc. Et si, en plus, il s’agissait d’un tout petit bulbe adorable, vous n’auriez immédiatement plus qu’une envie : le voir dans votre jardin.
KLM
Eh oui, quand on voyage, il arrive toujours quelque chose. Je suis en train d’écrire cette newsletter à l’aéroport de Santiago et, en arrivant à la porte d’embarquement, j’ai tout de suite vu venir les ennuis. Beaucoup d’agitation autour de la machine volante. Le nez grand ouvert, avec partout des fils et des choses que l’on ne voit jamais d’habitude. Et bien sûr, vol annulé.
Heureusement, j’ai appris à ne jamais m’énerver, surtout pas contre des choses auxquelles je ne peux de toute façon rien changer. Oui, il a fallu un peu d’entraînement, mais mon ami des bulbes Eric, mon bollenvriend, avec un n cette fois, m’a finalement convaincu de ne plus jamais le faire. Sa devise est toujours la même : « Qui s’émerveille au lieu de s’énerver ne devient pas octogénaire, mais centenaire. » Parfait, non ? Et si, en plus, attendre est votre passe-temps... plus rien ne peut vous atteindre.

Ce qui m’a surpris, en revanche, c’est la manière dont l’équipe d’Air France, chargée de ce vol KLM, a réacheminé tous les passagers sur toutes sortes d’autres vols en deux temps, trois mouvements. Ils m’ont envoyé à Paris le jour même, d’où je devais ensuite rejoindre Mokum, le petit nom d’Amsterdam. « Avion KLM... catastrophe », ai-je encore plaisanté avec le sympathique monsieur qui imprimait ma nouvelle carte d’embarquement. Grand sourire. Ces Français trouvent évidemment Air France bien meilleure. On verra bien. Pour commencer, il me restait juste treize petites heures à attendre tranquillement.

Muscari armeniacum
Le « raisin bleu » ordinaire, Muscari armeniacum

Je crois que nous nous sommes égarés. Nous parlions de vin. Il y avait d’ailleurs cette autre petite plaisanterie, quelque chose comme : « Le vin est la réponse... mais quelle était déjà la question ? » Non, stop. Revenons aux textes. Ou peut-être encore un instant au vin. Quand on commence à écrire sur le vin, on va forcément voir ce que le World Wide Web a à raconter à ce sujet. J’ai très vite trouvé un lien avec les bulbes. Beaucoup de vins sont faits avec des raisins noirs, et nous autres producteurs de fleurs, que cultivons-nous en grande quantité ? Précisément des « raisins bleus », comme on appelle les Muscaris aux Pays-Bas. Énormément même, et ils sont en vente pour une bouchée de pain.
Muscari Mountain Lady

Cinquante beaux gros bulbes de Muscari armeniacum, notre « raisin bleu » ordinaire, pour seulement 7,50 €. Ou, soyons fous, choisissons une variété plus chère : le Muscari Mountain Lady, dont nous proposons cinquante bulbes pour 9 €. Cela fait seulement 18 centimes par « raisin bleu ». Pour 9 €, on peut tout de même s’acheter une petite bouteille de vin sympathique, que l’on finit facilement à deux. Mais ce qui m’étonne, surtout après avoir lu toutes ces tirades prétentieuses sur le vin, c’est que les vignerons français, avec leurs grands airs façon Air France, n’utilisent pas moins de 750 à 800 raisins pour fabriquer une seule bouteille. Pour 9 €, ils vendent donc 800 raisins, avec encore une bouteille à construire autour. Ils n’arrivent même pas à un centime par raisin. C’est une petite consolation : nous vendons mieux nos « raisins » que les vignerons. Mais, soyons honnêtes, leurs textes restent meilleurs.

Bon, cela suffit comme ça, les traductrices doivent encore se mettre au travail. J’allais oublier la petite note commerciale. Heureusement, une très jolie nouveauté vient justement d’atterrir chez nous : l’Amaryllis Burgundy Haze.
Amaryllis Burgundy Haze
Amaryllis Burgundy Haze

Je l’avais demandé au producteur ce printemps : « Si vous avez encore quelques bulbes pour moi cet automne, j’aimerais beaucoup la proposer aux nombreux amateurs d’Amaryllis de la boutique en ligne Fluwel. » Et soudain, cette semaine, un coup de téléphone : « J’en ai quelques-uns pour toi, et ils sont gros. » Joie, joie, joie. La photo n’arrive pas tout à fait à mettre en mots ce que cette Amaryllis si particulière veut nous montrer. Si vous voyez la fleur en vrai, vous comprenez immédiatement que vous avez affaire à une Grande Réserve issue d’un assemblage unique. C’est comme si ses opulentes corolles étaient tendrement enlacées par une douce brume bourguignonne, celle d’un vin rouge de caractère qui donne le meilleur de lui-même après avoir été chambré avec soin. Un délicieux bouquet d’Amaryllis bourguignonnes pour accompagner l’apéritif du Nouvel An. Nouveauté dans la boutique en ligne Fluwel.

Bien cordialement et à la semaine prochaine,

Carlos van der Veek

PS : Nous suivez-vous déjà sur Facebook et/ou Instagram ? Mes collègues y partagent leurs plus belles photos, vidéos et actualités.

Continuer à lire