Vieux messieurs
Chers amis,
Oui, ces dernières semaines vous avez pu lire que notre jeunesse nous aide bien, alors j’ai pensé pouvoir me faire plaisir
Le mercredi après-midi, une heure à BolleNoord. BolleNoord est un espace de stockage et de préparation des bulbes situé au centre de la région sablonneuse du Nord. Les acheteurs étrangers ou ceux qui achètent en petites quantités et habitent loin peuvent y rassembler leurs bulbes pour venir les récupérer plus tard en une seule fois. Il y a aussi de la place pour que des entreprises louent un bureau et il y a une cantine. Chaque mercredi après-midi, après le déjeuner, quelques vétérans des bulbes restent toujours pour résoudre les problèmes du monde et nous rappeler que tout était mieux avant.

Je le sais parce que je viens parfois en hiver, mais cela faisait si longtemps que j’ai dû appeler mon ami Siem pour lui demander s’ils étaient toujours là. Bien sûr, nous sommes toujours là, rien n’a changé. Très bien Siem, je viens vite pour donner un air un peu plus jeune à la compagnie. En fait, j’aime toujours beaucoup parler avec de vrais routiniers des bulbes et surtout les écouter. Il y a aussi ces vieux grincheux qui râlent souvent, mais la compagnie qui reste après la récolte à BolleNoord n’a pas encore de rides à l’intérieur du crâne. Juste des gens sympas, pleins d’humour et avec une belle vision jeune du monde.

Comme tous ces hommes sont encore en pleine vie, c’est à cette période très intéressant de prendre un moment pour les écouter. Après une heure, on sait assez bien comment les bulbes sont récoltés dans toutes les directions. Et c’est bien sûr pour cela que je suis venu en cachette, pour entendre ce que ces grands savants philosophes attendent de la récolte. Chez nous, le long de la côte, le temps est bon. Pas une récolte exceptionnelle ici sous les dunes, mais en fait plutôt bonne. Le matériel végétal planté l’automne dernier n’était pas - après une année aussi drastique que l’année passée - de première qualité. Donc une récolte exceptionnelle n’était pas vraiment possible, mais ce qui est récolté le long de la côte sous les dunes est simplement bon. Il n’y a pas de gros excédents, mais les producteurs sont plus que satisfaits.

Plus loin, c’est un peu plus variable, des pénuries réapparaissent. Ce n’est pas étonnant avec un printemps aussi sec. 10 semaines sans une goutte de pluie et beaucoup de vent du nord-est sec, ce n’est pas vraiment idéal pour une bonne formation des bulbes. Non, pas une récolte exceptionnelle, ni mauvaise non plus, en fait c’est bien comme ça, c’était le jugement des sages. Les bulbes ont été vendus à bon prix en prévente et il n’y a pas de surplus qui pourrait faire chuter les prix.

Pendant que j’écris tranquillement dans ma petite serre, la courge musquée est en train d’être pollinisée, que la vie est belle.

Nous avons une perceuse à planter dans la boutique en ligne. Je vais l’essayer et vous dirai la semaine prochaine ce que j’en pense.
Quoi d’autre à raconter, en fait je manque un peu d’inspiration. C’est aussi un peu la raison pour laquelle je suis allé à BolleNoord, espérant entendre un peu de nouveauté et trouver un peu d’inspiration. Mais voilà, c’est à peu près tout, à moins que je vous raconte les blagues qui ont circulé autour de la table, mais alors il faudrait vraiment augmenter le niveau du guide de lecture. Non, je pense qu’il vaut mieux que ce qui se dit à BolleNoord reste à BolleNoord. Bon, une quand même, tirée du vieux coffre, mais ça ne fait rien car nous sommes toujours de vieux messieurs. Dans une newsletter dominicale d’il y a environ 50 ans, je l’ai déjà racontée. « C’est quand même bizarre, non, qu’il n’y ait pas un seul canari sur toutes les îles Canaries », ça s’appelle Canarien mais il n’y a pas de canaris. » « C’est pareil avec les îles Vierges » « sur toutes les îles Vierges, il n’y a pas non plus de canari… »

Ou celle de Ton, elle est aussi revenue sur la table et ça peut encore aller. Père et Mère, tous deux dans leurs quatre-vingts bien sonnés, roulent à bonne allure à travers la Frise. Tu roules vite, dit maman d’un ton légèrement agacé, faut-il vraiment tout ça ? Père regarde de côté avec un sourire malicieux et dit « mais ma fille, tu roules tout aussi vite, tu sais. »
Oui, voilà ce qui arrive quand l’inspiration manque, des blagues nulles et celles qui sont trop osées pour être écrites. Cet hiver, je suis allé avec Karel à une conférence de Nico Dijkshoorn au théâtre Scagon à Schagen. Pour les lecteurs de la newsletter qui ne connaissent pas Nico Dijkshoorn, c’est un peu l’oracle national des Pays-Bas. Il se qualifie lui-même de « poète de maison, aussi dehors ». Il peut déclencher un torrent de mots, à l’oral comme à l’écrit. Parsemé d’humour et souvent incisif et pertinent. Parfois des textes très drôles. Son conseil était simplement d’écrire, sans réfléchir, écrire. Ne pas penser à qui, où ou quand ce sera lu, juste écrire. Mettre tout ce qui vous vient à l’esprit sur le papier et surtout ne pas relire ce qui est écrit.
En fait, je fais ça assez souvent quand je parle des bulbes, ne pas trop réfléchir et simplement parler avec beaucoup d’enthousiasme du jardin, des bulbes et du monde des bulbes. Je n’écoute pas trop Nico, vous ne m’entendrez pas parler de politique, mais je regarde souvent la politique et la bureaucratie actuelles avec les sourcils froncés.

Ipheion Alberto Castillo « Vieilles Femmes »
Ah oui, dans la Miss Nixmix il y a aussi ces vieilles femmes :)
Nous restons un peu sur les bulbes. Ou sur les vieux messieurs, le titre de la newsletter. Saviez-vous d’ailleurs qu’il existe aussi un petit bulbe appelé « vieille femme » ? L’Ipheion a reçu ce surnom particulier dans le parler populaire hollandais. Un nom assez curieux, même si Ipheion n’est pas non plus un nom facile à retenir. Le bulbe, en revanche, est vraiment top. Plantez-le dans un endroit du jardin où il reçoit au moins une demi-journée de plein soleil et profitez-en. Année après année. Je vous le promets, il revient toujours. Ces vieilles femmes sont indestructibles.
Mais il est temps de retourner dehors, à la semaine prochaine.
Cordialement,
Carlos van der Veek


